Histoire et culture

Activités 2005 du comité historique de l’AGEB

Bulletin n° 32 - Célébration du treizième centenaire de la fondation du Mont, à l’initiative des Amis du Mont-Saint-Michel

Bulletin n° 32 - Le potentiel archéologique de la Baie du Mont-Saint-Michel : l’exemple des pêcheries sédentaires

Bulletin n° 32 - Services secrets dans la Baie du Mont-Saint-Michel - Robert Sinsoilliez

- Activités 2004 du comité historique de l’AGEB

- Activités culturelles prévues 2005

- Quand le Mont-Saint-Michel était une prison, par Robert SINSOILLIEZ
- Les oies de monsieur Etienne, pharmacien de Genêts. Par Gérard Renault



Activités 2005 du comité historique de l’AGEB

Christophe Pailley apporte désormais son concours à notre équipe, en particulier, aux recherches archéologiques : sites terrestres, anciennes pêcheries. Nous avons commencé avec le comité des fêtes de Genêts à programmer une soirée d’hiver sur le projet de rétablissement du caractère maritime du Mont-Saint-Michel avec projection par vidéo- projecteur dans la salle des fêtes nouvellement rénovée par la municipalité, de l’émission de télévision de la chaîne Direct 8 du 21 août dernière de la série « Touche pas à ma planète » à laquelle nous représentions l’AGEB. Philippe Duron président du conseil régional de Basse-Normandie lui-même historien, Alain L’Homer en tant que représentant des Amis du Mont-Saint-Michel et Eric Vannier, ancien maire du Mont Saint Michel, étaient également présents.

L’animatrice de l’émission a bien remercié l’AGEB, les Amis du Mont-Saint-Michel et les habitants de Genêts de leur participation à son émission.

Nous avons l’intention de poursuivre ce type d’animation des soirées d’hiver de Genêts en mettant à la disposition des associations du village des communications AGEB aux congrès des sociétés historiques de Normandie sous forme de CD-rom pour vidéo- projecteurs sur le Manoir de Vains et les salines de la Baie du Mont-Saint-Michel.

40e Congrès à Avranches de la Fédération des sociétés historiques de Normandie

sur le thème « Le rôle de la Normandie dans la diffusion des savoirs, du texte manuscrit à la bibliothèque virtuelle ». Ce congrès a été organisé par la Fédération avec le concours de la ville d’Avranches, du conseil général de la Manche et de la société d’archéologie d’Avranches, Mortain et Granville présidée par Emmanuel Poulle.

Vingt cinq communications ont été présentées et parmi elles, celle de l’AGEB, le 22 octobre « Le chanoine Pigeon, une chaîne continue de connaissances sur la Baie du Mont-Saint-Michel » par Hubert Lepoutre et Pascal Billard.

Dans cette communication illustrée par de nombreux dessins originaux du chanoine, nous avons mis en évidence la somme de connaissances accumulées par EA Pigeon au 19e siècle dans ses quatre-vingt-dix-sept œuvres écrites. Cette liste est désormais disponible sur site Internet via le site AGEB.ORG et sa table des liens ainsi qu’à partir du sommaire des œuvres de la récente édition du « Pigeon. ». Nous avons aussi insisté sur l’intérêt pour l’histoire locale manifesté par l’AGEB depuis sa création de plus en plus relayé par les habitants de Genêts : visites à thèmes des guides de la Baie, le petit journal de Genêts, les futures soirées d’hiver que nous prévoyons d’organiser ainsi que les visites guidées du village en préparation.

Visites guidées de Genêts.

Nous avons rédigé à partir du « Pigeon » et des conférences de S. Lepoutre-Adrian et remis à Monsieur Hec, le texte et des photos pour huit panneaux qui placés à des endroits stratégiques de Genêts permettront aux touristes de visiter Genêts en visite libre ou accompagnée par un guide (rendons hommage à Monsieur Glory, initiateur de ces visites).

Monsieur le maire vient de nous informer que les panneaux étaient en préparation pour une mise en place à la prochaine saison 2006. Nous avons rédigé ces textes par thèmes : les pèlerinages, les activités économiques, la nature, les marées, le port, l’église et les hommes célèbres du pays.

Un panneau récapitulant ces thèmes sera également placé au Bec d’Andaine.

Un premier essai du parcours (sans les panneaux, mais avec les commentaires) a eu lieu pendant les journées du Patrimoine de septembre dernier, une cinquantaine de personnes ont suivi ce premier essai.

Réédition.

Disposant d’éléments inédits sur la vie et l’œuvre du Chanoine Pigeon et avec l’appui de l’AGEB, nous avons assisté Anthare de Schuyter pour la réédition du livre « le Mont-Saint-Michel sa Baronnie, Genêts Tombelaine » complété par des éléments nouveaux tels que la liste de ses œuvres établie par S. Lepoutre- Adrian, plusieurs dessins étudiés par M. Lambert, conservés au musée d’Avranches. Cette édition a été préfacée par R. Sinsoilliez.

Livres conseillés.

« Baie du Mont-Saint-Michel. Les anciennes salines » d’Alain L’Homer et Charles Piquois, la récente parution « l’expédition des normands en Nouvelle-Zélande » par Robert Sinsoilliez.

Contribution à la mise à jour du site Internet AGEB.ORG.

Nous avons remis à Florence Beauchais les informations concernant notre comité historique, en particulier sur la visite de Genêts, la liste des communications aux congrès de la fédération des sociétés historiques. Nous ne saurions trop conseiller aux surfeurs de consulter ce site et sa table des liens donnant accès à d’autres sites de la Baie.

Cérémonies ou recherches historiques concernant le général Adrian.

Nous avons assisté au 20e anniversaire de l’établissement « Intendant général Adrian » de l’ERCAT à Saulcy (Vosges). Nous avons remis récemment des archives au ministère de la défense.

Notons que les contacts avaient été établis grâce au site AGEB.ORG.

Petit journal de Genêts.

Nous continuons à recueillir les souvenirs ou anecdotes des anciens de Genêts, après « Le saint Bernard de la Baie » de M. Marie, « L’avion allemand de Tombelaine » de M. Genson, « Les oies du pharmacien » de M. Gérard Renault, nous aimerions proposer une rubrique concernant les hommes célèbres.

Projets 2006.

Poursuite des projets 2005 avec un accent particulier sur l’archéologie des rivages (port, pêcheries, Tombelaine) en liaison avec les Amis du Mont-Saint-Michel.

Hubert Lepoutre

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Bulletin n° 32 - Célébration du treizième centenaire de la fondation du Mont, à l’initiative des Amis du Mont-Saint-Michel

Il convient de rappeler que si la date, même l’année, de la fondation d’un sanctuaire sur le Mont Tombe est scientifiquement ignorée, la tradition est fixée depuis le XIIe de célébrer l’anniversaire de la dédicace de l’église abbatiale, le 16 octobre 709. Cette date précise doit être retenue car elle correspond à une tradition ancienne qui prend ainsi un caractère historique.

Le bon sens veut que la vision de saint Aubert à qui l’Archange saint Michel aurait demandé de construire une église se soit produite au moins un an avant la dédicace, c’est pourquoi il est courant de fixer en 708 la REVELATIO, rapportée notamment dans le cartulaire du Mont-Saint-Michel (MS 210), dont le fac-similé sort ces jours-ci à notre initiative.

La décision est donc prise de célébrer ces événements sur une période qui commencera au printemps 2008 pour se terminer le 16 octobre 2009.

Notre association consciente de l’importance nationale et internationale de cet anniversaire, concernant un des premiers monuments classés au Patrimoine de l’humanité, a voulu y associer l’UNESCO et l’Etat pour lui donner l’aura qui convient. Elle est heureuse de la réponse favorable qu’elle a reçue à tous les niveaux et en particulier de noter que M. le préfet de la Manche a accepté de présider les réunions préparatoires. Sont associées les collectivités locales : conseils régionaux de Basse-Normandie et de Bretagne, conseils généraux de la Manche et de l’Ille-et-Vilaine, universités de Caen et de Rennes, outres les associations qui travaillent autour du Mont ; les Chemins du Mont-Saint-Michel et bien entendu l’AGEB qui participe activement aux réunions.

Actuellement il a été décidé que les manifestations seront à dominante culturelle en 2008 et cultuelle en 2009 pour se terminer par l’anniversaire de la dédicace sans dissocier les unes des autres. Elles auront lieu pendant la période estivale pour des raisons évidentes, mais au cours de l’hiver 2008-2009 une exposition sera montée sur le thème des montagnes sacrées classées par l’UNESCO. Elle se déplacera sur des lieux dédiés à saint Michel tels que Saint-Michel-l’Aiguilhe du Puy, la Sacra di San Michele près de Turin, pour se terminer au Mont Gargan au sud de l’Italie. Accompagnant cette pérégrination de l’exposition, les chemins montois à travers l’Europe seront développés, en profitant des études et des voyages faits par nos amis italiens et l’association des Chemins du Mont-Saint-Michel. Des colloques universitaires se succèderont en 2006 sur les recherches relatives au culte de saint Michel, puis en 2007 à Turin sur les sources de l’étude de ce culte, pour se clore en 2008 au Mont sur les représentations matérielles de l’Archange.

Le comité de parrainage constitué lors de la réunion à la préfecture de Saint-Lô, le 28 octobre 2005, aura notamment pour but de donner un label treizième centenaire aux manifestations artistiques ou autres qui se tiendront au cours des années 2008 et 2009.

Jacques Lucas, Président des Amis du Mont-Saint-Michll

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Bulletin n° 32 - Le potentiel archéologique de la Baie du Mont-Saint-Michel : l’exemple des pêcheries sédentaires

Comme tous les grands estuaires européens, la Baie du Mont-Saint-Michel offre un patrimoine archéologique spécifique et spectaculaire. Elle le doit à plusieurs particularités liées à un environnement exceptionnel. En premier lieu, elle le doit à la richesse des ressources littorales telles que le poisson et le sel. Elle le doit également à des conditions géologiques rarement rencontrées : d’une part, une sédi- mentation continue pendant toute la durée de l’holocène récent (depuis 6.300 ans avant J.-C.), et d’autre part, à l’omniprésence de l’eau, qu’il s’agisse de l’eau douce de la nappe phréatique ou de l’eau salée apportée par le battement des marées. Par la qualité de la conservation des vestiges au sein de sédiments fins vaseux ou sableux, les sites dits « en milieu humide » constituent une des priorités actuelles de la recherche archéologique.

Après un bref rappel des découvertes archéologiques récentes réalisées dans la partie sud de la Baie, nous évoquerons le travail en cours sur la partie nord orientale qui porte principalement sur les vestiges d’anciennes pêcheries fixes.

Les sites de production de sel (technique dite « des briquetages«) :

Après la découverte de ce type de site dans le Marais de Dol par L. Langouët, on doit à Catherine Bizien-Jaglin d’avoir révélé l’importance de l’activité de briquetage aux époques gauloises et gallo-romaines (Bizien-Jaglin, 1995). A la suite de prospections systématiques dans des zones a priori inhospitalières, une douzaine de sites ont livré de nombreux déchets d’argile cuite issus de la fabrication du sel. Les prospections ont également apporté des éléments d’information sur la localisation des sites d’habitat liés à cette production.

Le site néolithique en milieu marécageux de Lillemer (Ille-et-Vilaine) :

Au milieu du Néolithique (vers 4000 ans avant J.-C.), les hommes ont occupé la butte de Lillemer dans la partie interne du Marais de Dol (Laporte et al., 2003). Des prospections menées à partir de 1995 ont permis la découverte de ce site qui couvre près de 30 hectares. Hormis l’important mobilier archéologique collecté, plusieurs opérations de fouilles ont confirmé l’existence de vestiges néolithiques conservés en milieu humide, en particulier des aménagements de bois destinés à circuler dans le marais.

Les pêcheries du nord-est de la Baie :

En 2003, le service régional de l’archéologie de Basse-Normandie a lancé un programme de recherche visant à étudier les installations anciennes sur le domaine maritime. Ce projet a montré l’état général de conservation exceptionnelle de ce type de sites. La zone nord-est de la Baie (secteur de Saint-Jean-le-Thomas) constitue à cet égard un véritable laboratoire d’étude pour les anciennes pêcheries. Grâce à une faible exposition à la houle du nord-ouest et à des dépôts de sédiments très fins, les vestiges de ces sites ont pu être remarquablement conservés, même s’ils sont aujourd’hui largement menacés par l’érosion littorale.

Les travaux sur la zone intertidale ont été menés dans des conditions difficiles. Ils ont jusqu’à présent comporté des relevés topographiques, l’étude du contexte sédimentaire de cette zone, des campagnes d’échantillonnage des bois, des fouilles et des travaux d’analyse (étude des bois et des restes de poissons, datations C14).

La majeure partie des travaux de fouilles a principalement porté sur le site de la pêcherie de la « Plage de Pinochet » à Saint-Jean-le-Thomas (Manche), qui est aujourd’hui l’une des plus anciennes installations de ce type en Europe. Il revient à Alain L’Homer d’avoir découvert ce site dans les années 1970 et d’en avoir fait une première étude avec la collaboration d’A. Petra.

La pêcherie en bois de la plage de Pignochet :

Vers 2000 ans avant J.-C., la mer a atteint temporairement un niveau moyen relativement proche de l’actuel et les hommes ont alors construit sur l’estran une vaste installation en bois, couvrant près de 2 hectares et destinée à piéger les poissons. Découverte dans un état de conservation exceptionnelle, elle est constituée d’alignements de pieux : au centre, deux structures fermées en bois, en périphérie des alignements rayonnants. Chaque alignement supportait un entrelacs de gaules, tandis que des branches très fines, des herbacées ou des tiges de fougères protégeaient fréquemment la base de ces haies, fortement exposées à la houle et qui nécessitaient un entretien permanent.

L’un des aspects les plus spectaculaires du site réside également dans la présence de multiples renforts obliques étayant les palissades, qui devaient s’élever à un minimum de 1,50 m de hauteur.

Les principales essences ayant servi à la fabrication des pieux sont l’aulne, le saule, le frêne, le noisetier, plus rarement le chêne. L’analyse des éléments issus de la fouille des premiers sondages permet également une approche de l’approvisionnement en bois de clayonnage composé surtout de noisetiers, mais également de saules et de genêts.

Les nombreux chenaux qui traversent l’installation semblent avoir eu une fonction importante. Le principe de piégeage des poissons semble toutefois complexe et fort éloigné des pêcheries actuelles. La connaissance de l'environnement du site a considérablement progressé grâce, d'une part, à une collaboration étroite avec les géologues et géomorphologues travaillant sur le site (Alain L'Homer, Jean-Pierre Lautridou, Bernadette Tessier et Ange Petra). Une première typologie des faciès lithologiques sur la zone intertidale actuelle a ainsi été dressée. L'un des objectifs principaux de cette analyse est d'identifier les multiples chenaux qui ont sillonné l'estran et de les dater par rapport à la période de fonctionnement de la pêcherie.

La fouille de multiples secteurs a été riche d’informations techniques, aussi bien sur les dispositifs de protection du pied de haie que sur les modes de clayonnage. L’élévation de clayonnage conservée grâce à une chape de vase peut ainsi atteindre une cinquantaine de centimètres.

Le passage de petits chenaux de marée traversant des haies de clayonnage peut être identifié en surface par la présence de nombreux galets de tangue ou de graviers. Les aménagements découverts évoquent plusieurs zones « pêchantes » et la possibilité de barrer le chenal par un filet ou bien une grande nasse.

L’érosion active a permis l’observation de nombreuses empreintes de pas humains bien visibles, ainsi que des zones de circulation de bovidés. Les objets archéologiques rencontrés sont rares et souvent sans rapport avec ceux que l’on trouverait sur un site d’habitat : peson de filet en terre cuite, copeaux de bois, liens torsadés en branches de noisetier, outil en bois de cerf emmanché destiné à fendre du bois. Les restes de poissons sont fréquemment piégés en pied de haie : le tamisage des nombreux prélèvements a permis la collecte d’un grand nombre d’écailles, de quelques éléments de rachis et de crâne actuellement en cours d’étude.

Les pêcheries médiévales en pierre de Champeaux :

Au sud de la falaise qui forme la limite du massif de Carolles, figure un vaste complexe de digues de pierres en forme de V, couvrant près de 12 hectares. Cet ensemble spectaculaire et visible du haut de la falaise émergeait des sédiments estuariens dans les années d’après-guerre. Complètement envasé, il n’a réapparu à A. L’Homer et A. Petra qu’en 1992 par l’effet de l’érosion littorale. Catherine Bizien-Jaglin a survolé ces pêcheries en septembre 2000 et en fait état pour la première fois en 2001.

Le premier indice de l’ancienneté de cet ensemble est fourni de manière très indirecte, dans la charte de fondation de l’abbaye de la Lucerne en 1162, qui mentionne que le seigneur Guillaume de Saint-Jean fit don, à Saint-Jean même, d’une pêcherie ainsi mentionnée : « la place d’une pêcherie à la mer et toute la dîme de toutes les pêcheries et des seiches venant de la pêche en bateau ». Rien n’indique toutefois qu’il s’agisse du même groupe de pêcheries.

Une première datation C14 réalisée sur un échantillon provenant d'un pieu de chêne situé au sein d’une des digues les plus anciennes du site a donné environ 700 après J.-C. Il apparaît donc que, dans ce cas précis, des travaux de restauration et d'entretien plus récents n’ont pas fait disparaître les vestiges de l'installation primitive. Le relevé général des vestiges est en cours grâce à un appareil GPS différentiel.

La pêcherie en bois de la plage Saint-Michel :

Cette pêcherie en bois, découverte plus récemment, a globalement une forme en V dont l'angle est très ouvert vers le nord-ouest. Elle est indiscutablement implantée dans un ancien paléochenal colmaté. A la pointe du dispositif, la ligne de pieux s'interrompt pour faire place à un aménagement qui a été partiellement fouillé. Le long des pieux est apparue une trame de fines gaules de noisetier entrelacées sur une armature de piquets épointés. Ces piquets sont répartis tous les 20 cm en moyenne et forment un véritable panneau de clayonnage autonome, fixé sur la face aval de la haie.

L'existence de panneau de clayonnage mobile est pour la première fois attestée dans notre zone d'étude. Ce dispositif est connu dès le Néolithique final et a été employé jusqu'à quasiment aujourd'hui sur les pêcheries en bois de la façade occidentale du Cotentin. Cette installation n’est pas encore datée, mais les traces de taille sur la pointe des pieux évoquant plutôt l’utilisation d’une hache en fer, renvoient à l’âge du Fer ou aux périodes historiques.

Bilan :

Faute d’un intérêt suffisant pour le patrimoine fluvial et maritime, l’archéologie des pêcheries a connu un retard considérable en France, particulièrement pour la zone littorale. Pourtant le poisson en estuaire offre l’une des plus grandes densités de nourriture dont puissent disposer les sociétés traditionnelles.

Ailleurs en Europe, particulièrement dans les îles Britanniques, les données accumulées sur cette activité sont très nombreuses depuis une vingtaine d’années. Elles ont été possibles principalement dans les grands estuaires qui offrent des conditions très protégées, comparables à celles de la Baie du Mont-Saint-Michel, qui sont uniques sur le littoral français.

Cyrille Billard, avec la collaboration de Vincent Bernard, André Bouffigny, Alain L’Homer.

Après l’exposé, Alain L’Homer intervient pour souligner l’intérêt de ces fouilles archéologiques sur des sites de pêcheries très anciennes. Après d’autres découvertes et études prévisibles notamment sur le littoral breton, il est probable que les archéologues pourront exposer l’évolution des pêcheries depuis l’âge du bronze jusqu’à nos jours.

Bibliographie

BIZIEN-JAGLIN C., 1995 – Les sites de briquetage de la zone du Marais de Dol dans leur contexte sédimentaire. In « Baie du Mont-Saint-Michel et Marais de Dol », Centre Régional d’Archéologie d’Alet, p. 67-80.

LANGOUET L., 1995 – Les pêcheries de la Baie du Mont-Saint-Michel. In « Baie du Mont-Saint-Michel et Marais de Dol », Centre Régional d’Archéologie d’Alet, p. 119-132.

LAPORTE L., BERNARD V., BIZIEN-JAGLIN C., BLANCHET S., DIETSCH-SELLAMI M.-F., GUITTON V., GUYODO J.-N., HAMON G., MADIOUX P., NAAR S., NICOLLIN F., NOSLIER A., OBERLIN C., QUESNEL L., 2003 – Aménagements du Néolithique moyen dans le Marais de Dol, au pied de la butte de Lillemer (Ille-et-Vilaine) : les apports d’un programme de prospection thématique. Revue Archéologique de l’Ouest, 20, p. 127-153.

L’HOMER A., 1995 – Les vestiges de la pêcherie en bois de Saint-Jean-le-Thomas datant de l’âge du bronze. In « Baie du Mont-Saint-Michel et Marais de Dol », Centre Régional d’Archéologie d’Alet, p. 111-118.

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Bulletin n° 32 - Services secrets dans la Baie du Mont-Saint-Michel

Peu après le début de la Révolution, une mystérieuse conjuration qui comptait des milliers d’agents et travaillait dans les ténèbres constitua un réseau d’émissaires occultes dont le dessein était le rétablissement de la royauté. Son nom, la Correspondance, recouvrait tous les transferts et transports clandestins (officiers en exil, nombreux prêtres, émissaires, suspects recherchés, espions, courrier, armes, munitions…) qui se firent entre Jersey, codifiée île des amis, et tout l’ouest de la France notamment les côtes du département de la Manche et celles de Bretagne de Cancale au cap Fréhel.

Dès octobre 1793, le chef fut Philippe d’Auvergne, duc et prince de Bouillon qui établit son siège au château de Montorgeuil à Gorey. Pendant quinze ans, il fut le canal par lequel passa presque tout, hommes et matériel, destiné à l’Armée catholique et royale de Bretagne, à la Chouannerie, à la Vendée. Le mystère était un des éléments principaux de la réussite.

Les expéditions partaient généralement très tôt de Jersey. Le moment du départ de cette île anglo-normande devait être combiné avec la qualité de la force du vent et la longueur des jours. L’été retardait les départs. Par leur clarté, les phases de la lune étaient importantes.

Les messagers de la Correspondance choisissaient de préférence les nuits sans lune et sans étoile ; ils s’embarquaient même par des vents de tempête ou lorsque la brume enveloppait la côte. Ils savaient que par des nuits pareilles, les patrouilles républicaines demeuraient à l’abri.

Accompagné ou non d’une frégate de protection partait un navire d’assez fort tonnage, généralement un cotre ou un lougre, soit l’Aristocrate, le Royaliste ou la Daphné, propriétés du prince de Bouillon.

A bord se trouvait une annexe (canot, yole, péniche, chaloupe…) d’allure très rapide, destinée à opérer le débarquement, susceptible de naviguer par ses propres moyens avec des rames et des voiles.

Selon le point de la côte à aborder, la croisière royaliste se dirigeait vers les Ecréhou ou les Minquiers. Après y avoir stationné pour observer les éventuelles croisières françaises, elle prenait la direction de l’archipel de Chausey afin d’y arriver l’après-midi.

A nuit close, sans lune, vers onze heures du soir, les chaloupes, canots ou péniches, montés par huit matelots étaient mis à la mer. Les passagers qui allaient embarquer ignoraient le point de débarquement, connu seulement de l’agent et du guide du pays qui les attendait. Ils se préparaient à affronter des périls inconnus, accablés sous le poids des armes dont ils étaient chargés, le tout joint à un pesant havresac pour leurs petits effets et à un fort sac en toile cirée rempli de cartouches, contribution imposée à chaque débarquant pour alimenter en munitions les armées royales.

Pour assurer une vigoureuse défense, les canots ou péniches étaient munis de toutes les armes nécessaires. Les petites embarcations ne devaient en porter aucune. Sinon, en cas d’intervention des douanes ou de la gendarmerie, l’ordre était de jeter à la mer tous les moyens défensifs, les papiers et les documents compromettants. Dans le cas d’une capture, c’était, faute de preuve, un moyen de sauver les individus d’une condamnation à mort.

Les lieux de débarquement s’appelaient points de la Correspondance. A l’exception de la Méditerranée, ils pouvaient se situer n’importe où sur le littoral français avec une fréquence marquée de Cancale à Saint-Malo ainsi qu’au sud et au nord de Granville.

Débarqué, l’agent ou courrier, parfois escorté de guides armés jusqu’aux dents, gagnait une des lignes de la Correspondance.

Avant le débarquement s’échangeaient des signaux. A terre, une lanterne cachée dans un creux de rocher ou l’explosion d’amorces brûlées à flanc de falaise annonçait la possibilité de descente.

Les débarquements présentaient parfois des difficultés inouïes surtout quand les surveillances se renforcèrent avec le temps.

Le plus grand silence régnait avec cette angoisse pesante d’une irruption foudroyante de douaniers ou de gendarmes à l’affût. Après une attente interminable se percevait un frôlement de rames à la surface de l’eau quand la mer n’était pas agitée. Une dernière étincelle brillait et se devinait à l’étrave d’un canot ou d’une péniche qui abordait rarement afin de mieux fuir en cas d’alerte.

Les clandestins se laissaient glisser dans l’eau. Les matelots exigeaient parfois de l’argent pour les porter sur leur dos et leur éviter de se mouiller jusqu’à la ceinture avec armes et bagages ; ils n’hésitaient pas à les projeter à la mer d’un violent coup de rein afin de regagner plus vite le canot si la force publique accourait. Des voix basses échangeaient des signes de reconnaissance. L’agent enjoignait à ses compagnons de se mettre à plat ventre, il rampait en prêtant l’oreille et rôdait autour des rochers afin de voir si une patrouille était embusquée ou en marche. Parfois, le cri des sentinelles, « Prenez garde à vous », interrompait le silence effrayant de la nuit.

Cachés dans des huttes enfoncées dans le sable et couvertes de varech, dissimulés parmi les rochers, gendarmes et douaniers cherchaient à percer l’obscurité du regard et tiraient parfois des coups de fusil au hasard. Ils assistaient aussi à des manœuvres insolites d’un canot ou d’une péniche qui louvoyait avant d’oser la mise à la terre qui s’effectuait sur les grèves, anses, baies, criques. Dans des lieux susceptibles de débarquement, une centaine de tentes se dressait souvent à cinquante pas du rivage. Chacune abritait quinze soldats et un sergent.

Il fallait des agents spéciaux, habitués aux grandes difficultés, aux rencontres les plus imprévues avec l’ennemi et à payer de leur personne à chaque instant. Ces passages ne se franchissaient que lors des nuits très obscures, à plat ventre, en rampant entre les tentes, le fusil armé. Personne ne répondait à un qui-vive? autrement que par un coup de fusil. En ordre, chacun se retirait à quelque distance dans l’intérieur avec l’intention de faire volte-face ensuite si se présentait une bonne position. Ces manœuvres étaient bien connues des hommes de la Correspondance.

Arrivé avant le lever du jour au refuge prévu, ferme ou habitation, l’agent cachait ses compagnons, s’approchait et, avec des signes convenus, donnait le signal : coup de poing sur les vitres, grattements sur le seuil avec la pointe d’un couteau. L’ouverture s’opérait. L’agent montrait son passeport secret.

Tous recevaient un peu de nourriture, du cidre et du pain. Dans la journée, les étapes d’un agent isolé pouvaient être une chapelle, une grange ou une maison avec cachettes (armoire de chêne à double fond, retrait dissimulé par une plaque de cheminée), un grenier ou des étables de maisons amies. Au début par manque de surveillance, un court temps de repos se passait même sous une tente légère montée à la hâte.

Sous Napoléon, les agents furent réduits à se cacher dans les rochers des grèves sauvages contrôlées par des patrouilles de soldats et des rondes de chevaux ou, au milieu des céréales, blé ou autre ou encore dans des sortes de chambres taillées dans de vastes champs d’ajoncs.

A cause de la peur, des décès, des arrestations ou d’une insuffisance d’argent laissée par l’agent précédent, les maisons de confiance changeaient. Le courrier devait semer l’or à pleines mains. Pour ne pas le charger de sommes trop fortes, les bureaux de la Correspondance lui donnaient des billets dits de confiance, parfois tirés à l’ordre de gens disparus, guillotinés ou devenus incapables de verser les fonds reçus en dépôt. Impossible alors de toucher le montant en cours de route.

Dans chaque maison de la Correspondance, l’agent devait s’assurer d’un guide fidèle qu’il fallait toujours payer généreusement pour le conduire plus loin.

Dès son arrivée à Jersey, le prince de Bouillon fit appel à Jacques René Destouches de La Fresnaye, originaire de Granville dans la Manche. Enrôlé sur un corsaire granvillais pendant la guerre de Sept Ans, il avait commandé par la suite les navires de son père à Terre-Neuve.

Sous le nom de Pénitel, Jacques René Destouches organisa un important service de la Correspondance entre Jersey, Guernesey et le Cotentin et l’Avranchin.

Il agissait en liaison avec les bateliers de la région. Ils conduisaient les émigrés ou les responsables militaires, tel Louis de Frotté, chef de l’armée royaliste de Normandie, qui abordaient souvent dans la baie du Mont-Saint-Michel.

Une fois, au moment où leur petit bateau de pêche allait toucher le fond en face de Genêts par manque de hauteur d’eau, Frotté et sept de ses officiers, sur le point de débarquer, furent canonnés et n’eurent que le temps de gagner le large à force rames.

Souvent le débarquement s’effectuait au sud de Granville entre Genêts et Saint-Jean-le Thomas, entre Saint-Pair et les falaises de Carolles à l’embouchure du Lude. Les hommes gagnaient les dunes de Bouillon, celles du Creux (aujourd’hui vallée des Peintres). Ils s’enfonçaient dans la lande de Beuvais et les bois de Saint-Michel-des-Loups. Quand douaniers et gendarmes se montraient trop présents dans ce secteur, il fallait remonter au nord de Granville, à Bréville.

La santé de Destouches père s’altéra.

Au mois de mai 1795, sous le pseudonyme d’Auguste, Jacques Destouches fils, un adolescent de quinze ans qui poursuivait des études d’hydrographie, partagea avec son père les dangers de la Correspondance entre Jersey et la Normandie. Désormais, il se chargea des débarquements d’émigrés.

A l’heure de la veillée, le 12 juin, se tint à Malicorne, la ferme familiale à Saint-Planchers, un conseil dirigé par Frotté, fidèle à son personnage, sans cesse moulé dans un dolman de hussard et un pantalon gris à la hussarde, coiffé d’un mouchoir de soie à l’indienne sous un tricorne, armé d’un pistolet, d’un poignard et d’un mousqueton de cavalerie. Au milieu de la nuit, Frotté monta à cheval pour se rendre dans l’Orne.

Après ces entrevues, Jacques Destouches déploya une activité intense à travers toute la région. En décembre, il quitta Gorey (Jersey) avec dix-neuf nobles émigrés qu’il conduisit à Malicorne après deux jours et une nuit d’une mer démontée.

De là, il se rendit dans l’Orne au village des Hautes-Noës, quartier général de Frotté qui lui accorda un passeport signé de sa main, timbré du sceau de l’armée catholique et royale, indiquant que le porteur « voyage pour l’intérêt de la cause que nous avons l’honneur de défendre et engageons à lui porter assistance en cas de besoin ».

Alors qu’il avait proposé une reddition au Premier Consul, Frotté fut arrêté à Alençon et traduit devant un conseil de guerre qui le condamna à mort. Il tomba sous les balles d’un peloton d’exécution à Verneuil, le 12 février 1800.

Après de nombreuses missions, Jacques Destouches fut arrêté, condamné à mort et enfermé à la prison de Coutances d’où les Chouans le firent évader. Passé en Angleterre, il revint en France lors de la chute de Napoléon. Il termina sa vie à l’asile d’aliénés du Bon Sauveur à Caen, le 18 mai 1858.

Robert Sinsoilliez


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Activités 2004 du comité historique de l’AGEB

60e anniversaire du débarquement de Normandie

A l’initiative de nos amis F. et A. Simon, Sandy Saunders (en uniforme d’officier de la Navy) et son épouse Rose Mary, C. et H. Lepoutre ont participé aux cérémonies organisées par Saint-Jean-le-Thomas en l’honneur du général Eisenhower, lu des extraits du journal de Neil Saunders, chanté l’hymne européen.

Alain L’Homer (combats autour d’Avranches, pour les Amis du Mont-Saint-Michel), Christine La Motte d’Argy sur les lieux du débarquement et bien d’autres membres de l’AGEB ont participé à ce 60e anniversaire de réconciliation.


39e congrès de la fédération des sociétés historiques et archéologiques de Normandie, sur les Arts du Feu du 21 au 24 octobre à EU

EU c’est OU ? C’est ainsi que l’office du tourisme présente avec humour cette jolie ville, à la frontière de la Normandie et de la Picardie, à proximité du Tréport. Au XVIe siècle, le duc de Guise y construisit le château qui fut au XIXe remanié, restauré et décoré par le roi Louis-Philippe. François Gouet, maire d’EU, nous a fait partager son enthousiasme pour cette ville historique ayant su maintenir sa vocation industrielle avec Alcatel et les verreries. Avec humour, il a chanté la chanson du maire d’Eu.

J. P. Hervieu président et organisateur du congrès a bénéficié de la coopération exceptionnelle de la municipalité d’EU, des Amys du vieil EU, des Amis du musée Louis-Philippe.

Les communications eurent pour sujet les arts du feu et plus particulièrement la poterie, les briqueteries et tuileries, les verreries et la métallurgie. A. L’Homer et H. Lepoutre ont présenté pour l’AGEB les anciennes salines de la Baie du Mont-Saint-Michel, la fabrication du sel par évaporation dans les « fournaises », la vie des sauniers et les secrets de leur métier.


Participation aux activités culturelles de Genêts et de ses environs

Nous continuons à recueillir des témoignages des anciens de Genêts sur des événements et à les proposer à la publication. On trouvera dans ce numéro un récit recueilli auprès de Gérard Renault sur les « Oies de Genêts ».

Avec R. Sinsoilliez et A. L’Homer, nous avons proposé au très actif comité des fêtes de Genêts d’animer des soirées de morte-saison avec des conférences sur des sujets comme les salines, la libération d’Avranches, les Normands d’outre-mer. Cela sera possible dès l’automne 2005, dans la salle des fêtes rénovée.

Nous avons mis à disposition de plusieurs guides de Genêts pour les traversées pédestres de la Baie, une documentation historique sur Tombelaine.

L’AGEB a fait visiter l’église lors des journées du Patrimoine.



Relations avec les Amis du Mont-Saint-Michel, les Amis des Fraternités monastiques de Jérusalem au Mont-Saint-Michel, les Chemins du Mont-Saint-Michel, la Société jersiaise

Certains d’entre nous exercent des responsabilités dans ces associations et plusieurs membres de l’AGEB ont participé activement à des manifestations parmi lesquelles : les vêpres à Tombelaine, une visite historique de Tombelaine et la traversée inaugurale du chemin reliant Rouen au Mont-Saint-Michel. Ces participations enrichissent notre association.

Journal de Neil Saunders, médecin d’une escadrille de Typhons dont l’aérodrome était près de Creully, de juin 1944 au 8 mai 1945, 143 pages en anglais

Sandy Saunders nous a confié le passionnant journal de son oncle : texte prémonitoire sur la réconciliation européenne avec la relation de la guerre faite sans haine par un jeune combattant pacifiste dans l’âme. Nous cherchons à traduire et à publier ce texte. Vincent Cronin nous en a donné une analyse très fine. Nous avons déjà traduit un chapitre plein d’humour « Une Jeep pour Bayeux » et faisons appel à ceux qui voudraient nous aider.

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Projets 2005 du comité historique de l’AGEB

Poursuivre les activités 2004.

Participer au 40e congrès de la Fédération des société historiques et archéologiques de Normandie qui aura lieu à Avranches du 20 au 23 octobre 2005 « La place de la Normandie dans la diffusion des savoirs, du livre manuscrit à la bibliothèque virtuelle ».

Susciter des communications AGEB dans le cadre de ce congrès en liaison avec d’autres associations. Nous avons déjà plusieurs pistes à partir de ce qui a déjà été fait : recherches historiques, édition du recueil de S.Lepoutre Adrian, mise sur site Internet de rubriques.

Participer à des recherches archéologiques sur l’emplacement du port de Genêts. Notre présidente a posé le problème à un jeune archéologue amateur Christophe Pailley.

Hubert LEPOUTRE, Vice-président de l’AGEB


Activités culturelles prévues

- Le vendredi 29 juillet 2005, concert de musique classique, à Genêts, organisé par la société artistique et littéraire d’Avranches, la SALA, dirigée par Michel Pouquet, avec la participation d’un sextuor à cordes de la Garde républicaine.

- Les 17 et 18 septembre 2005, Journées du Patrimoine. « Patrimoine et Histoire locale » organise en collaboration avec l’AGEB les journées du Patrimoine : mise en valeur florale de l’église, visite commentée de l’ancienne baronnie, excursion à Tombelaine et exposition seront au programme. Un livret sera publié sur ces manifestations.

- 20-23 octobre 2005, congrès à Avranches des sociétés historiques et archéologiques de Normandie. Nous tenons à disposition des personnes intéressées des exemplaires des orientations de recherche. Pour toute demande et proposition de communication, s’adresser à Hubert Lepoutre, 11 rue du Regard, 75006 Paris.

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Quand le Mont-Saint-Michel était une prison, par Robert SINSOILLIEZ

En prélude aux grands travaux qui doivent commencer au Mont-Saint-Michel, l’Institut National de la Recherche Archéologique Préventive (I.N.R.A.P.) a entrepris des fouilles destinées à retrouver éventuellement les corps de prisonniers décédés à la Merveille et inhumés aux abords du Couesnon.

Il a paru intéressant d’évoquer, à cette occasion, la vie d’un condamné de droit commun qui, selon les termes du ministre de l’Intérieur en 1839, ne devait « jamais cesser d’être grave, soumise à une discipline sévère et au besoin rigoureuse ». Le travail devait être sa seule distraction.

L’ARRIVEE

A mesure de l’organisation, des progrès s’accomplirent à partir de la plus extrême détresse.

Le médecin examinait chaque prisonnier(ère).

Teigne et gale étaient fréquentes de même que les maladies vénériennes chez les femmes.

Le barbier coupait les cheveux après une friction contre les poux avec un onguent mercuriel. Le détenu prenait le seul bain de sa vie de prisonnier.

LE CONCIERGE BLOUET

Il arriva en 1806.

Pendant onze ans, « de la cantine aux latrines en passant par la sûreté, les écritures qu’on lui reprocha de négliger », tout alla à sa volonté. Il tint seul la maison dans d’affreuses conditions d’hygiène avec quatre gardiens ou guichetiers et quelques gendarmes.

VESTIAIRE

Au début, les détenus arrivèrent avec leurs hardes.

Puis, l’été, les femmes reçurent jupes d’étoupe, coiffe, chemises, bonnet en toile, jupes de dessous, fichus, tabliers, trois linges de propreté, des bas de laine.

Les hommes bénéficièrent d’un pantalon, d’une veste, de bonnets de laine…

Un gilet sans manche, la cuirasse, s’ajouta pour l’habillement d’été sinon la veste restait constamment sur le dos pendant le travail ce qui n’était pas pratique. Se mettre en chemise n’était pas toléré.

Le vestiaire se compléta de 2400 paires de sabots.

LA SOUPE

Des détenus distribuaient le pain au lever.

La soupe était versée en une fois à huit heures du matin.

La boisson consistait en eau des citernes en plomb, à l’odeur et au goût détestables. L’hiver, la neige fondue servait à tout.

La forme de l’alimentation changea. Par détenu : une livre et demie de pain par jour et matin et soir, une ration de soupe.

Les prisonniers se trouvaient assujettis à l’observation rigoureuse du carême et des jours d’abstinence reconnus par l’Eglise d’autant que « l’autorité d’un aumônier très fanatique maîtrisait celle du directeur » aux dires des détenus politiques.

A huit heures, un sexe entrait en récréation jusqu’à neuf heures, l’autre de neuf heures à dix heures.

LITERIE

En 1849, vestiaire et literie furent terminés.

« L’infecte paille » allait disparaître. Du moins le croyait-on !

L’entrepeneur fournit 263 bois de lit, 225 paillasses, traversins et couvertures de fil. Il s’agissait de lits composés. Les détenus couchaient à deux.

Afin de diminuer la mortalité et rendre moins facile « les relations vicieuses entre détenus de chaque sexe », il fallut supprimer ces lits. On adopta une couchette dite galiote, longue d’un mètre quatre-vingt-douze et large de quatre-vingts cm avec un fond maintenu par des sangles entrecroisées et deux barres latérales en bois, un matelas de laine et de crin pesant huit livres, une paire de draps cousus en forme de sac jusqu’à la poitrine et une couverture de coton. Ce type de couchage rendit la vermine presque impossible à éliminer.

Dès la prise du travail s’effectuaient le balayage, l’arrosage des dortoirs, l’enlèvement de tous les baquets de la nuit.

UN PECULE

L’idée vient de procurer du travail aux détenus pour améliorer leur sort.

Toutes les salles changèrent souvent de destination à cause de l’afflux des détenus.

En 1804, des ateliers furent créés dans le réfectoire, le dortoir à côté, la salle des Chevaliers, le cloître, la bibliothèque.

Les détenus travaillaient dès cinq heures du matin entre le 1er avril et le 1er août et retournaient aux dortoirs à sept heures du soir. Le reste de l’année, le lever et le coucher du soleil rythmaient les journées.

Tout détenu qui refusait de travailler ne recevait que du pain et de l’eau. Les sexes et les âges, pas plus que les types de peines, n’étaient séparés.

L’ENTREPRISE GENERALE

En 1818, des adjudicataires devinrent responsables de l’entreprise générale chargée par contrat d’un certain nombre d’obligations : création d’ateliers, nourriture, entretien, blanchissage, coucher des détenus, propreté, chauffage et éclairage des ateliers et des employés, réparations locatives…

Jusque-là, le gain intégral du travail était versé aux détenus ; il se divisa en trois parts : un tiers en réserve pour les détenus (moins les frais de décès et d’évasion qui revenaient à la Maison centrale…), le deuxième tiers versé immédiatement pour la cantine, le dernier payé à la Maison centrale et aux entrepreneurs.

ARMEMENT ET UNIFORMES

Lors de la création de la prison, les gardiens portèrent leurs vêtements par-dessus lesquels ils enfilèrent une capote bleu roi d’infanterie et complétèrent leur tenue par un bonnet de police de même teinte. Sans équipement ni armement, sauf des gourdins.

Si la garnison, dans les Fanils, se composait de quarante hommes de troupes de ligne, les surveillants ne comptaient que quatre gardiens et un portier, effectif bientôt renforcé devant l’afflux des prisonniers.

Inconvénient majeur pour le service et la sécurité : les gardiens habitaient des logements dans la ville du Mont-Saint-Michel.

En 1824, les gardiens reçurent des armes : sabres d’infanterie, gibernes et baudriers en vernis noir…

Le gardien portait un habit en drap gris fer, boutonné sur la poitrine et terminé dans le dos par deux longues basques, un gilet en drap, un pantalon de même drap avec une baguette jaune sur les coutures de côté, un bonnet de police, une paire de guêtres en drap noir pour l’hiver, un pantalon et une paire de demi-guêtres pour l’été, deux cols noirs et un chapeau à trois cornes.

LES ATELIERS

Le travail de la paille a été analysé en 1999 dans le bulletin n° 25 de l’AGEB.

En 1818, l’établissement commença vraiment à fonctionner.

Le travail était obligatoire dans les divers ateliers où détenus pour peines correctionnelles et pour peines criminelles étaient mélangés. Ils ne pouvaient sortir sous aucun prétexte. Pour les besoins urinaires, circulait « en volerie », un crochet, récipient que le détenu utilisait à sa place. Sinon, comme dans les dortoirs, un ou plusieurs baquets stagnaient plus ou moins longtemps. Une odeur suffocante saisissait celui qui entrait.

L’éclairage naturel suffisait mais il manquait des ouvertures opposées pour assurer la ventilation. A la tombée de la nuit, de nombreuses lampes à huile ou d’autres lumières artificielles apportaient de la clarté mais cela viciait davantage les ateliers parce que le froid obligeait à fermer les ouvertures. Une épaisse fumée se répandait par combustion d’huile.

De nombreux détenus étaient au chômage par insuffisance d’ateliers d’où la nécessité de construire un étage de plancher à mi-hauteur dans le réfectoire qui avait neuf mètres d’élévation.

Les détenus des deux sexes *uvraient sur les petites Jeannettes, nom donné anciennement en France à la jenny, mot anglais signifiant Jeannette, une jenny était une machine à filer le coton.

La fabrication portait aussi sur les chaussons de lisière tressés avec des bandes coupées dans les bords d’étoffes grossières, la toile à voile, le coutil, le calicot. Il y avait des tisserands pour la mousseline, la soie, des tailleurs d’habits, un chapelier.

D’autres travaux concernaient le greffe, la boulangerie, les cuisines, le balayage, l’infirmerie, la menuiserie, la matelasserie… Il y avait aussi deux ou trois barbiers et vingt-cinq cordonniers.

LA MORTALITE

L’accroissement du nombre de détenus et le manque d’hygiène l’expliquaient.

Les employés de la prison transmettaient les virus à l’extérieur.

L’arrivée de quatre religieuses dont sœur Euphrasie de la congrégation des Filles de la Sagesse limita les décès.

Les inhumations n’étaient autorisées que vingt-quatre heures après la mort afin de bien constater la réalité du décès.

Rapidement, le cimetière qui se trouvait dans les jardins de la Merveille devint insuffisant. Cela obligea à entasser les morts les uns sur les autres.

Le 30 septembre 1820, la décision de fermer définitivement ce cimetière fut entérinée. Il fut installé dans les grèves, au village de la Caserne, sur la rive gauche du Couesnon (commune de Beauvoir).

La clôture avait une longueur d’environ deux cents mètres. Malgré les efforts des ingénieurs pour protéger ce terrain, les grandes marées submergeaient les terres.

En 1842, après plusieurs exhumations parfois pénibles, huit cent quatorze corps furent inhumés dans un lieu-dit voisin, La Rive, par Ardevon, au cimetière des Buternes. Une longue tranchée en ligne droite reçut les restes apportés en huit convois de cent et quelques détenus. Une clôture, une petite construction, des plantations, un soubassement en marbre portant une croix marquèrent cette dernière demeure disparue.

Dans le cimetière de la Merveille, reposent quatre cent soixante-quinze détenus inhumés avant sa fermeture.

PASSEPORT

Chaque libéré recevait un passeport qui indiquait son identité, fixait l’itinéraire obligatoire pour se rendre au lieu choisi par lui ou assigné comme résidence.

Avant de partir à pied, le libéré écoutait le greffier lire le code pénal et, sur ordre du préfet, recevait quelle que fût l’heure, une ration de pain plus une soupe.

Les libérés ne demandaient qu’à descendre d’abord à l’endroit où ils toucheraient leur masse de réserve au début situé à Avranches, où ils étaient guettés par des individus qui leur volaient leur argent par ruse, par entraînement à la boisson ou par la violence.

LA HAUTE POLICE

Les condamnés aux travaux forcés à temps ou à la réclusion perpétuelle se trouvaient sous surveillance à vie de la haute police ; ils ne pouvaient disposer de leur personne sans l’autorisation de la police.

Le préfet donnait « un accord de résidence » à trente kilomètres des frontières et des côtes, dans un endroit déterminé ou éloigné de certains lieux : grandes villes, ports tels Cherbourg, Toulon, Brest, Lorient (Bagnes), places de guerre.

Le surveillé recevait une feuille de route avec un itinéraire. A chaque étape, le maire apposait son visa, notait la durée du séjour et la somme donnée pour la couchée suivante.

Un forçat libéré, un fagot dans l’argot des bagnes, partait avec une chemise en toile rousse, un gilet à manches, un mouchoir pour col ou autre usage, un chapeau commun rond, une paire de bas ou demi-guêtres de toile, une culotte longue d’étoffe grossière, des souliers.

Les populations comprenaient…

La prison du Mont-Saint-Michel fut fermée par Napoléon III, le 29 janvier 1864.

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Les oies de monsieur Etienne, pharmacien de Genêts. Par Gérard Renault

Avez-vous comme moi maudit la hauteur des trois hautes marches de pierre qu’il faut enjamber pour se rendre à l’église de Genêts. Leur rôle serait, paraît-il, d’interdire aux oies du village, nombreuses dans nos rues dans les temps anciens, d’accéder à ces lieux et de troubler de leurs cancans les offices, le calme du cimetière et les cérémonies devant le monument aux morts !

Avant guerre, en effet, de nombreux troupeaux d’oies appartenant à différentes familles de Genêts pacageaient sur les herbus. Ce sont les automobiles qui les ont progressivement chassées de nos rues où elles circulaient sous la conduite de leurs jars, dans un ordre et avec une discipline qui faisaient mon admiration ainsi que celle des autres gamins de mon âge. Il est vrai que nos soirées n’étaient pas occupées par la télévision.

A la tombée de la nuit, un cérémonial immuable se déroulait d’abord au pont de la rivière : les oies de différents propriétaires se présentaient ensemble en provenance de la Baie. Madame Vinour qui était rentrée à cette heure, des différents marchés du pays où elle tenait un étal de confection, s’armait d’un bambou ou d’un râteau à long manche qu’elle brandissait avec autorité. Elle séparait habilement les troupeaux d’oies et les aiguillait vers leurs différents logis. Je voyais souvent les oies de la famille Genson, non loin de ma maison. Mais surtout l’un des troupeaux d’oies constituait à lui seul le clou du spectacle : celui des oies de monsieur Etienne, pharmacien, rue Jérémie. C’était un praticien très estimé et respecté qui avait la clientèle de Saint-Jean-le-Thomas, Dragey, Bacilly, Saint-Léonard et bien sûr de Genêts. Il confectionnait lui-même sur place les remèdes à partir des ordonnances. Autant dire qu’il y avait foule en attente dans son officine. Le soir à la tombée de la nuit, j’y étais avec mes amis car nous ne laissions à personne le soin d’aller chercher les médicaments pour nos familles, lors de la rentrée des oies.

Nous attendions sur un banc que le spectacle commence et tout à coup, le jars suivi de toute une file d’oies arrivait avec dignité par la rue Jérémie, pénétrait par la porte et se faufilait sans se troubler entre nos jambes de gamins pour gagner l’arrière-boutique puis la cour et son refuge nocturne. Le frôlement des volatiles nous mettait en joie. Notre bon pharmacien, monsieur Etienne, les encourageait dans ce retour au bercail d’un affectueux « Venez mes petits » sans pour autant négliger ses préparations.

Il n’y a plus de pharmacie à Genêts, les médicaments se fabriquent dans des laboratoires lointains, il n’y a plus de défilés d’oies dans nos rues. Les temps modernes nous ont privés de ce spectacle familier, sauf parfois en bordure de grève.

Au mois de novembre et jusqu’à Pâques, les oies sauvages, les bernaches arrivées du Grand Nord sont sur l’herbu avec leurs cris bruyants et leurs vols agités. Elles me donnent la nostalgie du spectacle du retour des troupeaux d’oies de ma jeunesse et de madame Vinour au pont de Genêts, de leur solennel défilé dans les rues de Genêts, puis de leur traversée familière de l’officine de monsieur Etienne, notre bon pharmacien.


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