Le point de départ des navettes pour les visiteurs, un scandale

Une mesure discriminatoire

C’est interdire de fait l’accès au Mont aux visiteurs qui ne veulent pas marcher pendant deux kilomètres

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Jusque là, tout est clair. Mais le déplacement du point de départ des navettes des visiteurs a jeté la consternation. Prévu dans la Déclaration d’Utilité Publique à la sortie des parkings et recommandé dans les études, il a été, en octobre 2009, par décision des élus du syndicat mixte, maître d’ouvrage, déplacé à environ 850 mètres, au Nord, à l’aplomb du barrage. Les visiteurs seront obligés de parcourir 850 mètres et plus, avant de monter, à la limite de la zone commerciale de la Caserne dans les navettes qu’ils quitteront à 350 mètres du Mont. Ils auront donc à parcourir à pied, aller et retour, une distance de plus de deux kilomètres. Ce parcours à pied sera rédhibitoire pour un grand nombre de personnes âgées qui ne veulent pas marcher longtemps, sans être pour autant qualifiées d’invalide.

Nous constatons que cette décision correspond au schéma qui nous avait déjà été présenté par le maire du Mont-Saint-Michel, Eric Vannier, une année auparavant, en 2008, lors d’une rencontre. Cet exposé nous était apparu comme un plaidoyer pro domo, une ab-surdité et non comme une possible solution. Néanmoins, c’est ce plan qui a été adopté.

Ce déplacement du point de départ de navettes s’oppose à l’avis des experts mission nés avant le vote d’octobre 2009, par le syndicat mixte pour l’étude des flux touristiques . Ceux-ci avaient recommandé un départ des navettes des visiteurs au niveau des parkings.

Alors que certains touristes jeunes et vaillants hésiteront eux-mêmes à couvrir la dis-tance à pied, les autres, soucieux de ménager leurs forces risquent simplement d’être dé-couragés de monter à l’abbaye.

A la fatigue de la marche avant d’aborder les escaliers du Mont s’ajoutera un allon-gement du temps de parcours qui réduira pour beaucoup la période réservée à la visite du Mont et à la contemplation. La tendance à rester au village du Mont-Saint-Michel sera ac-centuée après cette marche à pied souvent sous la pluie ou le brouillard.

En Europe, les touristes sont de plus en plus âgés et dans la région, les clubs du troi-sième âge choisissent, souvent hors saison touristique, le Mont comme lieu de promenade. Pourquoi, nos élus de droite comme de gauche qui affirment leur volonté d’améliorer la qualité de vie des personnes âgées encore valides ont-ils choisi d’allonger outre mesure le parcours à pied ? C’est faire de la ségrégation à l’égard des personnes valides qui éprouvent des difficultés à marcher longuement et, de fait, leur interdire l’accès au Mont.

Les effets dissuasifs de cette mesure sont clairement tout à fait contraire à l’amélioration souhaitée des accès au Mont.

Aucun impératif technique ne justifie cette mesure.

La réduction des coûts de transport est l’argument invoqué pour justifier cette décision, 375 000€ par an, soit sur 12 ans, 4,5 millions €. Avec un départ au Sud, le coût du parking serait passé à 12 €. Ce calcul est contesté par de nombreuses voix autorisées. Sur les mêmes bases, avec un départ au niveau des parkings, une estimation du coût des navettes par un cabinet spécialisé aboutit à un prix très inférieur au montant de 12 € présenté par le syndicat mixte.

Quoiqu’il en soit, cette explication est dérisoire pour un projet d’une telle ampleur dont la réalisation est attendue depuis si longtemps et dont le deuxième objectif est d’améliorer l’accès au Mont. Gageons que des économies auraient pu être recherchées dans d’autres secteurs. Différentes solutions auraient pu être envisagées comme un autre mode de répartition du coût du transport entre les différents utilisateurs. Les touristes qui appor-tent la manne financière au Mont sont les seuls utilisateurs des navettes à être taxés. Des sources de financement auraient pu être recherchées comme le mécénat à l’exemple du Louvre et de Versailles. Le prestige dont bénéficie le Mont aurait encouragé les donateurs à se signaler.

A la pointe du Raz et au pont du Gard, l’approche du site est piétonnière. Mais au Mont, les touristes doivent d’abord marcher puis monter dans une navette et ensuite en descendre pour parcourir les 350 derniers mètres, ce qui est fort différent et implique des ruptures toujours préjudiciables. Pagaille et allongement du temps de parcours en seront la conséquence.

Et puis, le Mont a une résonance beaucoup plus forte que celle de ces grands sites. C’est le Mont-Saint-Michel, universellement connu.

Il est scandaleux qu’une telle ségrégation de fait à l’égard des personnes encore va-lides qui ne veulent pas marcher longtemps soit décidée dans le cadre d’un projet d’intérêt général, financé sur fonds publics, qui a fait l’objet pour les parkings et les moyens d’accès au Mont d’une délégation de service public. Pauvre public oublié !

La solution raisonnable : refuser la discrimination et fixer le point de départ des na-vettes à la sortie des parkings

La solution raisonnable est de revenir sur la décision qui pose problème et de faire partir les navettes des visiteurs à la sortie des parkings conformément aux indications présentées dans la déclaration d’utilité publique. Les autorités ont d’ailleurs dit à plusieurs reprises que cette mesure, la fixation du départ des navettes au Nord, était réversible. Alors, qu’ils optent dès maintenant pour une solution raisonnable et non discriminatoire.

Ce mauvais départ des navettes compliquera l’accès des visiteurs au Mont et reviendra à en interdire de fait l’accès à d’autres. Le deuxième objectif du projet du RCM (rétablis-sement du caractère maritime), l’amélioration de l’accueil des visiteurs est oublié, nié. Cette marche forcée écartera les personnes encore mobiles qui ne veulent pas effectuer une longue marche et les privera de cette émotion toujours renouvelée par la découverte du Mont, image sublime et mystérieuse d’une surprenante beauté.

C’est la raison pour laquelle, nous avons adhéré à l’association nouvellement créée pour la valorisation de l’accueil des visiteurs et la qualité de l’accès au Mont-Saint-Michel qui regroupe industriel, professionnels du tourisme, guides de la Baie et présidents d’association culturelles, dont le président est Monsieur Duval, président du directoire SAS Tricots Saint-James, pour demander que le Mont reste facilement accessible à tous.

Le 2 mai 2011

Marie-Claude Manet, présidente de l’AGEB

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Projet de rétablissement du cactère maritime de Mont-Saint-Michel - Beaucoup de touristes au Mont et peu d'eau autour

Août 2002

Le troisième projet visant à maintenir le caractère maritime du Mont qui est actuellement soumis à l’enquête publique est un projet que nous soutenons. Nous en ratifions les objectifs « A cet effet, il convient de faire régresser les herbus qui menacent les abords du Mont et de rendre aux courants l’espace proche du Mont qui est occupé par la digue-route et les parcs de stationnement. »

Nous approuvons le réaménagement du barrage du Couesnon combiné avec la réutilisation partielle de l’anse de Moidrey, élément essentiel du projet qui aurait déjà dû être réalisé. Nous approuvons aussi la destruction de la digue-route, le report des parkings sur le continent, l’édification d’un pont-passerelle, la mise en place d’un système de navettes. Mais des inflexions et des corrections essentielles doivent être apportées à ce projet afin qu’il atteigne ses objectifs sans entraîner des conséquences dommageables, irréversibles, pour la préservation de l’ensemble de la baie.

I - L’ouverture du barrage 6 heures après mer haute menace la sécurité en Baie et accélérera l’ensablement dans la petite Baie, au Nord et à l’Est du Mont:

- Une menace pour la sécurité :

Il est prévu d’ouvrir les portes du barrage du Couesnon qui retient les eaux six heures après pleine mer alors que la mer s’est déjà retirée et que les grèves sont accessibles aux promeneurs et aux usagers de la Baie. L’étude d’impact recommande de passer le Couesnon à Pleine mer, plus 7. La traversée des grèves aller et retour ne démarrera qu’à marée basse et ne disposera que de environ 3 heures 30 à 4 heures. Nous considérons qu’un laps de temps aussi étroit, ne tenant pas compte des aléas, de la force du vent et des éventuelles variations barométriques, prédispose aux accidents. La traversée du Couesnon sera plus périlleuse et la période accordée aux promeneurs se rendant au Mont sera réduit, d’environ deux heures parce que le respect des horaires de remontée de la mer est toujours impératif. Nous nous opposons fermement à ce que le projet « rende à cette traversée son caractère ancien de petite aventure » comme l’indiquent les concepteurs du projet.

Notre association qui a toujours été très attentive à la sécurité de ceux qui fréquentent la baie, jette un cri d’alarme. Pour écarter ces menaces qui pèsent sur la sécurité des promeneurs, il suffit d’ouvrir les portes du barrage environ 2 heures et 1/2, après mer haute pour permettre aux flux de s’écouler avec la marée.

- L’accélération de l’ensablement dans la petite Baie, au Nord et à l’Est du Mont :

En ouvrant les portes du barrage six heures après mer haute, la mer se sera retirée, l’effet de chasse sera limité, les sédiments seront poussés en direction de Tombelaine, à distance réduite du Mont et repris par la marée suivante.

A ces sédiments s'ajouteront les déblais d'un volume considérable consécutifs au creusement sous le pont-passerelle, au nouveau lit du Couesnon, aux autres travaux comme l'arasement de la vielle digue. Cette masse énorme engraissera les herbus à l'est du mont et le banc de Tombelaine. Nos ancètres enlevaient la tangue, nous nous rejetons nos déblais dans la baie.

L’étude d’impact prévoit:

- l’augmentation de la sédimentation à l’Est du Mont,

- la formation d’un grand banc prenant appui sur Tombelaine

- la diminution de la divagation des chenaux,

- l’approfondissement des fonds des estuaires de la Sée Sélune probablement du fait de la chenalisation renforcée par l’engraissement et le prolongement au delà de Tombelaine du grand banc central.

- en ce qui concerne la faune, à l’Est du Mont un appauvrissement en espèces en raison de l’exhaussement des fonds.

Nous soulignons qu’avec ce lâcher aussi tardif, la turbidité des eaux marines augmentera ce qui provoquera une intensification des dépôts. Les auteurs du projet jouent aux apprentis sorciers. Pour éviter ces conséquences néfastes qui accéléreront l’ensablement de la baie, l’AGEB demande instamment que l’ouverture du barrage se fasse environ 2 heures 1/2 après mer haute afin que les sédiments partent au loin.

II - L’arrivée au Mont : Pas de gué quasiment insubmersible, mais un gué sur pilotis ou sur arches

Entre le pont passerelle et le Mont, il est prévu d’ériger un ouvrage, le gué, qui sera en fait une nouvelle digue, large remblai de 4 à 5 mètres, long d’au moins 150 mètres, élevé à la cote 7,30 m ne sera recouverte par la mer que 4 à 6 fois par an, lors des très grandes marées dans la mesure où celles-ci se produiront. Une quasi nouvelle digue sera donc construite dans une fraction importante de l’espace libéré par la destruction de la digue-route.

Nous demandons que soit étudiée la solution alternative qui consisterait à faire reposer le gué sur des arches ou sur pilotis afin que la mer et les courants puissent passer. Le but du projet serait atteint « rendre à la mer et aux courants l’espace proche du Mont qui est occupé par la digue-route et les parcs de stationnement ». Esthétiquement, un gué sur arche s’intégrerait très bien dans l’environnement et ne polluerait pas la vision des visiteurs. Cette structure répondrait à l’attente des visiteurs qui, après tant d’années d’études et de travaux, souhaitent que le Mont puisse être à nouveau entouré par l’eau.

III - Eviter la multiplication des ouvrages pour diriger les courants et contraindre les forces naturelles :

Toute une batterie d’ouvrages est programmée dans le Couesnon et autour du Mont pour diriger, contraindre et ce faisant diminuer les courants. A marée basse, l'impact de tous ces ouvrages sur le paysage sera négatif. L’AGEB demande que les ouvrages construits soient très limités. Craignant que la bipartition du Couesnon n'affaiblisse sa puissance érosive déjà amoindrie par les prélèvements, l’AGEB souhaite que dans une première phase les techniciens le fassent travailler à l'Ouest pour attaquer le grand banc, puis ne le laissent attaquer simultanément l’Est et l’Ouest que dans la mesure où sa capacité hydraulique se révélerait être suffisante.

Si d'aventure les remparts étaient menacés, eux qui ont tenu pendant des siècles en dépit même de la proximité des rivières qui à plusieurs reprises sont passées au Sud, entre le continent et le Mont, il serait alors toujours possible de prendre les mesures conservatoires nécessaires.

IV - Lisser la surfréquentation, accueillir et informer les visiteurs :

Avec des parkings surdimensionnés et des systèmes de navette calés sur 3000 personnes/heure à l’aller et au retour, tout est fait pour favoriser l’arrivée massive des touristes et provoquer ces pics de surfréquentation si néfastes à la qualité de l’émotion du visiteur et si nuisibles à la réputation du Mont. Aucune structure d’accueil des visiteurs et d’information digne de ce grand ensemble n’est prévue. Pourtant, la pression touristique devrait augmenter avec l’ouverture prochaine de l’autoroute des Estuaires, la curiosité suscitée par les grands travaux, l’éventuelle arrivée du train, l’accroissement du nombre de marcheurs dans les grèves.

Au Mont, l’espace de circulation réservé aux visiteurs est très exigu. La densité de la foule et le tassement des bâtiments rendent difficile l’application de la réglementation concernant la sécurité, l’hygiène et la salubrité.

Face au tourisme de masse et à son augmentation prévisible, il n’est pas question de limiter le libre accès à la commune du Mont mais de lisser les périodes de surfréquentation. Cette régulation suppose l’utilisation des technologies de communication,

Nous demandons que soit ajouté à ce projet technique de restauration du caractère maritime, le volet indispensable pour réguler les flux touristiques et édifier sur le continent une base afin de réguler l’offre touristique et offrir un accueil et des informations dignes de cet ensemble prestigieux.

V - La dimension culturelle et spirituelle de ce projet a été oubliée.

Le Mont-Saint-Michel est un haut lieu de culture et de spiritualité appartenant au Patrimoine mondial. Il est clair que les aménagements projetés oublient totalement cet aspect : tout se passe comme si le Mont était considéré comme un site naturel (à l’instar du Mont Blanc ) sur lequel on souhaite voir affluer un maximum de touristes venus à la fois « faire le Mont » et le plein de souvenirs.

De la même façon, aucune disposition ne semble avoir été retenue pour accueillir les marcheurs de plus en plus nombreux chaque année qui traversent la baie à pied.

le 21 août 2002

Marie-Claude Manet, Présidente de l’A.G.E.B.

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